Macron et Mandon sapent la crédibilité de la dissuasion nucléaire française
**En évoquant une guerre majeure avec la Russie et le sacrifice des « enfants de la France », Emmanuel Macron et le général Mandon commettent une faute stratégique grave : ils ignorent la dissuasion nucléaire et fragilisent la doctrine qui protège la nation.***
Par Georges Renard-Kuzmanovic • 27 nov. 2025
Le général Mandon oublie la dissuasion : une faute stratégique majeureLes propos tenus par le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, devant le congrès des maires de France, auraient dû provoquer un rappel à l’ordre immédiat du pouvoir politique. Il n’en fut rien (voir notre article). Pourtant, appeler publiquement la nation à « accepter de perdre ses enfants », évoquer une guerre majeure avec la Russie dans « trois ou quatre ans » et présenter comme inévitable le sacrifice de la jeunesse, ne constitue pas une simple maladresse : c’est une rupture grave, à la fois institutionnelle et stratégique. Une rupture d’autant plus préoccupante qu’elle émane de celui qui, précisément, devrait être le premier gardien de la doctrine militaire française.
Dans notre République française, la question de la guerre relève exclusivement de l’autorité politique - l'exécution incombant aux militaires. Le Président de la République est chef des armées, responsable de la stratégie nationale, seul détenteur du feu nucléaire. Le Parlement, quant à lui, est l’instance légitime qui autorise l’engagement durable des forces françaises. En s’exprimant comme un ministre de la guerre devant les maires de France — c’est-à-dire devant les élus locaux représentant l’ensemble de la population — le général Mandon s’est placé en dehors de son rôle. Et le silence du chef de l’État, loin d’être neutre, devient un signal inquiétant : celui d’un exécutif qui renonce à exercer l’autorité civile sur l’institution militaire. Dans une puissance nucléaire, une telle défaillance n’est pas anodine. Elle est dangereuse.
ARTICLE 35. de la Constitution françaiseLa déclaration de guerre est autorisée par le Parlement.Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l'étranger, au plus tard trois jours après le début de l'intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n'est suivi d'aucun vote.
Lorsque la durée de l'intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l'autorisation du Parlement. Il peut demander à l'Assemblée nationale de décider en dernier ressort.
Si le Parlement n'est pas en session à l'expiration du délai de quatre mois, il se prononce à l'ouverture de la session suivante.
L’oubli stupéfiant du dôme nucléaireMais l’essentiel n’est pas seulement institutionnel. Il est doctrinal. Le général Mandon s’est exprimé comme si la France vivait dans un monde pré-nucléaire, où les nations s’affrontent par des masses de conscrits et où l’hypothèse d’une guerre conventionnelle géante serait plausible. Ce récit, que l’on croyait réservé aux séries catastrophistes, heurte frontalement la réalité stratégique qui encadre l’existence de la France depuis soixante ans : la dissuasion nucléaire.
Nous vivons en France sous la protection d'un dôme stratégique nucléaire dont beaucoup semblent avoir oublié la fonction. La France dispose d’une capacité de frappe en second, garantie absolue qu’aucune agression stratégique ne peut être menée contre elle sans se conclure en destruction mutuelle assurée. Cela interdit mécaniquement toute attaque directe contre une puissance nucléaire, et a fortiori contre une puissance nucléaire dotée d’une doctrine claire, stable et crédible.
Que le chef d’état-major des armées puisse décrire, en 2025, un scénario de guerre conventionnelle totale entre la France et la Russie laisse pantois : c’est ignorer la réalité de l’équilibre nucléaire, ou feindre de l’ignorer. Dans les deux cas, c’est une faute professionnelle. Car un tel récit n’a rien de simplement alarmiste : il est faux. Et, plus grave encore, il est déstructurant.
Une parole qui sape la crédibilité de la dissuasion françaiseLe cœur du problème est là. En donnant publiquement à penser que la Russie pourrait attaquer la France ou l’Europe, le CEMA laisse entendre que la dissuasion française serait, aux yeux de Moscou, dépourvue de crédibilité. En d’autres termes : la France ne ferait plus peur. Elle ne serait plus prise au sérieux. Son arme nucléaire serait devenue inutile.
Un tel message, venant du premier militaire du pays, est calamiteux. Car la dissuasion repose sur un paradoxe simple : pour ne jamais avoir à l’utiliser, il faut y croire totalement, et il faut que l’adversaire sache que nous y croyons. La crédibilité est la matière première de cette architecture. Or, en affirmant que la Russie pourrait agir comme si la France n’était pas une puissance nucléaire, le général Mandon sape cette crédibilité au lieu de la renforcer. Il induit le doute là où la doctrine impose la certitude. Il donne, à l’extérieur comme à l’intérieur, l’image d’une puissance qui ne croit plus à son propre outil stratégique.
Ce doute est toxique. Il nourrit la perception d’une faiblesse française, il alimente les spéculations sur une Europe orpheline de défense crédible, et il fragilise l’adhésion de la population à son système de défense. Il transforme la dissuasion, socle de notre indépendance, en un instrument abstrait, presque décoratif. Bref : il fait exactement l’inverse de ce qu’un chef d’état-major devrait faire.
L’article 5, ou la confusion volontaire Le général Mandon n’a pas seulement parlé de sacrifices futurs ; il a aussi évoqué, de manière tout aussi approximative, une « attaque possible contre un pays de l’OTAN », qui entraînerait automatiquement la France dans une guerre contre la Russie. C’est faux. L’article 5 du traité de l’Atlantique nord ne prévoit aucune automaticité. Il prévoit une solidarité, pas un automatisme, et encore moins une obligation de guerre.
Là encore, le CEMA tient un discours politique, au lieu de tenir un discours militaire. Il ne décrit pas ce que dit le droit international ; il décrit ce qu’il veut faire croire. Et en agitant ce spectre devant des maires français, il tente d’installer l’idée que la France n’aurait plus le choix de son destin, plus la maîtrise de sa stratégie, plus la souveraineté de sa décision.
C’est une seconde rupture majeure : l’effacement de la souveraineté française derrière une lecture biaisée des alliances.
Quel est le sens d'un tel discours ?Dès lors, une question s’impose : si une guerre directe entre puissances nucléaires est impossible, et si une invasion de la France par la Russie est une absurdité stratégique, à quoi sert ce récit ? Pourquoi organiser cette dramaturgie anxiogène ? Pourquoi préparer psychologiquement la population à un conflit impossible ?
Alors naît une idée désagréable : Et di ce discours ne s’adressait pas à Moscou, mais aux Français ? La volonté serait-elle d'installer un climat d’urgence intérieure, de peur diffuse, de mobilisation contrainte ? On peu se demander si l'objectif n'est pas de rendre acceptable, par avance, un renforcement de l’appareil sécuritaire, une militarisation de la société, et in fine une redéfinition des priorités nationales en sacrifiant les services publics et la solidarité nationale qui s'exprime soue la forme de la sécurité sociale.
Car ce discours prépare quelque chose — mais certainement pas la défense de la France. Il prépare un nouvel ordre intérieur fondé sur la peur et l’obéissance et... la destruction des acquis du Conseil National de la Résistance, c'est-à-dire la destruction des principes de la République sociale.
Une question centrale : le général Mandon peut-il rester en fonction ?À ce stade, la question n’est plus seulement politique. Elle est stratégique. Peut-on confier la responsabilité ultime — celle du feu nucléaire — à un officier général qui semble ne plus croire à la dissuasion, qui en nie la logique et qui en brouille le sens ? Peut-on maintenir à la tête des armées un militaire qui alimente un récit de guerre irréaliste, qui inquiète inutilement la population et qui fragilise la doctrine centrale de défense de la France ?
Un chef d’état-major a une fonction cardinale : garder la cohérence du système de défense. S’il la détruit, il n’est plus l’homme de la situation. Et si l’exécutif ne sanctionne pas cette dérive, alors c’est l’exécutif lui-même qui devient défaillant.
Sortir de l'impasse stratégiqueLa France ne peut pas se permettre d’avoir, à la tête de ses armées, un général qui raconte la guerre comme on raconte un film catastrophe. Elle nepeut pas se permettre d'avoir un Président qui ignore à ce point, et la Constitution, et les principes élémentaires de stratégie. Elle ne peut pas se permettre que la dissuasion nucléaire, pilier de son indépendance, soit reléguée hors du débat par ceux qui devraient en être les garants.
Le niveau du discours stratégique, prostitué au spectacle médiatique, atteint aujourd’hui un stade pathétique et dangereux. Il est urgent de revenir à la doctrine, à la raison et à l’autorité légitime. Et de rappeler calmement cette vérité simple : la France vit sous la protection de la dissuasion nucléaire nationale, et personne n’a le droit, fût-il général ou Président, d’obscurcir cette puissance française.https://www.fpop.media/macron-et-mandon-sapent-la-credibilite-de-la-dissuasion-nucleaire-francaise/?ref=frequence-populaire-media-newsletter